Publiée le par Sophie PUYFAGES
Quand le sport devient beaucoup plus que du sport : une aventure de vie gravée et partagée entre père et fils dans le désert de Namibie
MDS Raid Namibie 2026
L’aventure commence le jour des 18 ans de Noah, lorsque nous nous inscrivons en binôme à la 2e édition du MDS Raid Namibie 2026. Pendant des mois, nous allons essayer de nous préparer au mieux à l’une des aventures qui s’annonce comme l’une des plus intenses de nos vies.
Dans le plus vieux désert du monde, où les températures oscillent entre 0 et 35 °C, nous allons traverser des dunes à perte de vue sur une course de 3 étapes totalisant 90 km, en bivouac ou à la belle étoile, en autosuffisance et en naviguant avec des données GPX. Bref, très loin de nos habitudes ovilloises…
L’euphorie de l’inscription du mois de juillet redescend rapidement lorsque nous recevons un premier mail concernant le matériel obligatoire, le matériel conseillé et les différents éléments médicaux à fournir.
Nous apprenons aussi que les balises seront espacées d’environ un kilomètre et qu’il faut apprendre à utiliser un miroir de signalisation ainsi qu’une balise de détresse. Ça ne va clairement pas ressembler à une promenade de santé…
Nous nous équipons du mieux possible pour la course dans le désert, la chaleur et le froid, tout en demandant conseil aux habitués des MDS. Résultat : sac de 8,5 kg chacun, sans les 2 litres d’eau obligatoires. Nous sommes assez (trop) confiants à un mois de l’événement concernant notre préparation et notre état physique.
Trois courses sur les pistes équestres de ML et une sur les plages de Cabourg avec nos sacs à dos, et nous nous disons que nous sommes prêts à courir à 5’ voire 5’30/km pendant 90 km. Nous allons vite apprendre à rester humbles face à ce MDS Raid !!
On part presque sereins à l’aéroport pour 24 heures de trajet vers notre destination finale : Swakopmund, en Namibie.
Le stress monte très vite lorsque nous parlons avec les autres participants, qui semblent tous habitués aux raids de ce type, certains avec des sacs de seulement 4,5 kg. Le premier jour sur place, nous rencontrons l’équipe d’organisation et l’équipe médicale. Nous recevons toutes les informations pour les 4 jours. Noah, étant le plus jeune de l’épreuve, est déjà au centre des discussions.
Dernière nuit dans un vrai lit, dernier vrai repas au buffet de l’hôtel, dernière douche chaude et derniers vrais WC. Nous vous épargnerons les détails de l’aventure sur ces derniers points, mais c’était vraiment roots.
Étape 1 : 23,2 km avec 196 m de D+ et 283 m de D-
Briefing à 8h30, départ à 9h.
Personnellement, j’adore l’ambiance d’avant-course : percevoir le stress de certains, aller parler avec les habitués pour recueillir les derniers conseils sur la ligne. Tout le monde nous l’a répété : il faut partir tranquillement, car l’étape est très longue et traverse les plus hautes dunes du désert.
Deux minutes avant le départ, nous repérons un binôme belge, première participation également, et bizarrement très détendu lui aussi.
Le départ est lancé et, surprise, les Belges démarrent très fort. Pris dans l’ambiance, nous suivons avec une dizaine d’équipes. Mais au bout de deux dunes comparables à la dune du Pilat, nous sommes déjà deuxièmes derrière les Belges et loin devant les habitués.
Nous nous demandons rapidement si nous ne sommes pas partis trop vite. Mais nos sourires et notre envie de profiter de ces espaces vierges prennent le dessus. On se fait plaisir et on verra après.
Première water station (WS), où l’on récupère de l’eau pour la fin de course : nous sommes deuxièmes et nous en profitons pour discuter avec l’équipe d’organisation et prendre pas mal de photos. Jusqu’à la deuxième WS, ce n’est que du bonheur. Seuls au monde, avec des sensations incroyables, nous continuons à courir dans les dunes comme si c’était la première.
Nous creusons l’écart avec les autres équipes et commençons à rattraper les Belges. À partir du 18e kilomètre, les muscles deviennent plus durs et les montées plus lentes. Noah souffre un peu et je me demande vraiment comment va se passer la suite de l’aventure. N’avons-nous pas tout gâché en partant trop vite ?
Nous arrivons finalement à gérer la fin de l’épreuve et même à terminer par un petit sprint et un saut, qui deviendra notre célébration à chaque arrivée. Résultat : 2h57 pour 511 m de D+ et 586 m de D-.
Oui, surprise : les dénivelés sur la trace GPX sont différents de ceux de la feuille de route, car le désert bouge sans cesse…
Arrivés au bivouac, nous découvrons notre tente sous une chaleur de 35 °C, sans ombre à part près des toilettes. Le vent se lève et nous galérons à nous faire à manger. Ce sera des lyophilisés à moitié cuits pour ce premier repas, mais nous restons motivés et en forme.
Noah s’enferme dans sa tente pour réviser ses examens de la semaine suivante. Le vent augmente et nous apprenons que c’est l’un des endroits les plus venteux du monde… mais que cela devrait passer.
Nous apprenons aussi que certaines équipes ont été éliminées pour non-respect de la barrière horaire. Le début de course trop rapide et la chaleur leur ont été fatals. Vu notre classement, 2e au scratch, l’organisation nous demande si nous voulons passer sur le 107 km. Mais vu l’état de fatigue de Noah à la fin de l’étape, le vent et la chaleur, nous décidons de rester sur le 90 km.
Nuit horrible pour moi avec le vent, le sable et les bruits du bivouac.
Étape 2.1 : 19,4 km avec 254 m de D+ et 165 m de D-
Briefing à 8h et départ à 8h30. Le vent est tombé. Ceux du 107 km avaient 37,2 km et partaient à 7h. C’était la seule étape différente.
Nous nous levons du bon pied avec l’envie de continuer à profiter du moment. J’espère que Noah va bien gérer l’enchaînement des étapes. On part comme lors de la première étape, mais cette fois nous sommes seuls. Les Belges étant sur le 107 km.
Début d’étape de rêve dans les rivières et les lacs asséchés. Nous prenons le temps de faire quelques photos, mais les jambes sont là et nous avons du mal à ralentir. Arrivés à la première WS, nous sommes premiers et allons avoir la plage et ses gigantesques dunes rien que pour nous. Le rêve. Nous voyons des traces d’antilopes, de phoques et de chacals. Bref, la journée parfaite : des paysages de folie, la fraîcheur du matin et une marée montante qui nous permet de courir sur du sable dur. Le bonheur.
Nous décidons donc de pousser l’allure et de creuser l’écart avec les autres. Cela nous fait penser à la course du Gois : passer avant que les vagues ne recouvrent le sable dur. Nous allons très vite et, arrivés à la deuxième WS, nous nous rendons compte que nous sommes en avance sur les prévisions. Stratégie payante pour nous. Les écarts chronométriques avec les autres équipes sont faits. Nous prenons donc le temps de faire des photos sur les dunes. Résultat : 2h23 pour 18,67 km et 141 m de D+.
Et nous arrivons tranquillement sur le site de la Star Night, où rien n’est encore prêt. Plein soleil, 35 °C, mais nous sommes contents et surtout heureux de pouvoir avoir de l’eau chaude pour faire à manger. Les participants arrivent au fur et à mesure et nous comprenons rapidement qu’ils n’ont pas pu courir sur le sable dur. Les écarts sont énormes. Les questions sur Noah redoublent et ils s’étonnent de son état de fraîcheur. Bref, tous les voyants sont au vert pour nous. Mais je sais que tout peut changer, car il n’a pas l’habitude de faire autant de kilomètres.
Le vent se lève et nous comprenons que la nuit à la belle étoile va être horrible : 0 °C, du sable qui vole partout et qui fouette le visage. Encore une nuit compliquée pour moi. Noah, lui, a bien dormi et semble prêt pour la 2.2.
Étape 2.2 : 21,9 km avec 271 m de D+ et 350 m de D-
Briefing à 6h30, départ à 7h. Le vent est tombé. Départ en trombe de toutes les équipes du 107 km qui jouent le classement. Nous décidons de les suivre dans un véritable roller coaster de dunes de sable mou. L’horreur pour beaucoup, mais Noah a des jambes de feu. Moi, beaucoup moins.
Mais nous faisons le travail et, entre la première et la deuxième WS, nous nous rapprochons des Belges, surpris de nous voir revenir. Noah a vraiment envie d’aller les chercher. J’essaie de suivre, mais mon corps répond moins bien et la fin d’étape est très difficile pour moi.
Heureusement, les paysages sont grandioses et nous avons la chance de voir des antilopes, des serpents et des lézards du désert dans cette immensité sauvage rien que pour nous. Noah comprend que la victoire s’éloigne mais m’aide à terminer l’étape.
Petit conseil à retenir : faire beaucoup de photos permet de couper l’effort.
Résultat : 2e au scratch en 3h27 avec 783 m de D+ et 854 m de D-. Arrivés au bivouac sans vent : le bonheur. L’ambiance et l’entraide sont incroyables avec les autres participants. On commence à réaliser que nous vivons quelque chose de fou.
Dernier repas sur le bivouac à 19h pour admirer un dernier coucher de soleil dans ce désert avant d’aller se coucher tôt, car demain le réveil sonnera à 4h30. J’arrive enfin à dormir 3 heures. C’est peu, mais je sens que les jambes sont là. Noah est plus motivé que jamais à finir et je sens qu’il veut aller chercher le scratch de l’étape. Ça tombe bien, moi aussi.
Étape 3 : 25,5 km avec 205 m de D+ et 119 m de D-
Briefing à 6h30, départ à 7h. Le ciel est un peu nuageux. Nous partons à la frontale, comme prévu, très vite. Le début d’étape est fabuleux dans les lacs et les rivières asséchés, mais la navigation est plus compliquée. Nous nous perdons plusieurs fois, mais retrouvons rapidement notre chemin. Nous arrivons à la première WS avec 3 minutes de retard sur les Belges. Nous entrons dans une zone protégée le long des lacs de sel où nichent les oiseaux. Nous profitons pleinement de cette opportunité incroyable.
Deuxième WS : 7 minutes de retard. Il reste 10 km. Cela va être compliqué d’aller les chercher, surtout que la fin est très roulante le long de la plage. Pendant 5 km, nous courons sur du sable dur à bonne allure, impatients de voir l’arrivée. Puis nous perdons la trace GPX. Nous décidons de continuer sur la plage, même si c’est plus long, afin de ne pas nous perdre. Nous ne le savons pas encore, mais les Belges sont, eux, sur le sable mou.
À 2 ou 3 km de l’arrivée, nous les apercevons au loin. Noah est dans le dur depuis 5 km, mais retrouve l’énergie nécessaire pour aller chercher la victoire. La différence d’allure entre le sable mou et le sable dur est énorme. Nous les rattrapons puis les dépassons rapidement.
La ligne d’arrivée est là : un dernier sprint, une dernière célébration. Résultat : 1ers au scratch en 2h28 avec 173 m de D+ et 172 m de D-. Nous l’avons fait.
Nous recevons notre médaille de finishers. Mais franchement, nous ne réalisons pas tout de suite. Noah est heureux, mais épuisé.
Les binômes arrivent un à un. L’ambiance monte. Tout le monde est tellement fier d’avoir terminé. Beaucoup de larmes de joie et de célébrations plus folles les unes que les autres.
Retour à l’hôtel : retrouver le confort et prendre une douche, quel bonheur. Et surtout débriefer avec les autres participants. Résultat final : 90 km avec 1 608 m de D+ et 1 753 m de D- en 11h24. La soirée de gala arrive et nous recevons nos cadeaux de finishers en plus de la médaille : notre tente MDS et un bracelet de finisher MDS Raid Namibie. Nous sommes appelés pour le podium du 90 km. L’ambiance est incroyable.
Puis, surprise : il y a deux trophées spéciaux. L’un est pour Noah, pour le féliciter de sa course, mais aussi parce qu’ils ont remarqué qu’en plus il révisait ses examens. Toute la salle scande son nom. Son émotion est palpable. Il reçoit l’énergie de tout le monde pour la suite.
Pour une première expérience sur raid pour moi, et pour une première course de plus de 21 km pour lui, nous ne pouvions pas rêver mieux. Même avec deux ongles de pieds perdus pour Noah et un pour moi. 4h30 de sommeil sur 3 nuits pour moi. 2 000 kcal par jour. Le sable, les tempêtes de vent, les 35 °C, les nuits froides… Nous ne changerions rien. Cette expérience père-fils restera gravée. C’est indescriptible, tout comme les paysages du désert du Namib.
Sébastien et Noah

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